Friday, November 10, 2006

# Universes au Musee d'Art Moderne et d'Art Contemporain à Nice

Le film Universes dévoile le monde intime et précieux de Joseph Dadoune. Au début, on a presque peur de s’immiscer dans l’univers de Dadoune parce que on perçoit une telle stratification des émotions, de la douleur, des énergies vitales si forte qu’on se sent profanateurs. Ma première pensée sur ce travail a étée: - quel droit ai je de voir tout ça?-. Il n’y a pas de médiation entre le voyage accompli par l’artiste dans son passé, dans son éducation, dans ses peurs et le spectateur. L’impact est très fort et déchirant, sans demi mesures. La trace laissée par Universes est comme un passage privilégié pour une dimension émotive totale, dense comme l’histoire vécue et d’une puissance impétueuse.
En regardant le film, on comprend de manière intuitive l’enfance de Dadoune, son arrivée en Terre Sainte après la décision de sa mère de quitter la France pour émigrer à la suite d’un rêve révélateur. Ainsi le jeune Dadoune s’établi avec sa mère de soixante ans dans une caravane dans le centre d’intégration d’Ofakim et il est dirigé vers l’étude de l’hébreu et des écritures sacrées. Des ces années d’études religieuses, de pauvreté et de pensées lourdes comme pierres, Dadoune ne raconte rien, mais nous présente les sensations. Avec des images chargées de rencontres, de lieux, de souvenirs on perçoit la nécessitée du voyage que Dadoune a fait adulte à travers les vallées sacrées entre le son d’une prière récitée par l’artiste et un chant féminin brûlant sur les notes de “Sur les rives de Babylone”. Un cri gelé nous immobilise devant le corps de Dadoune nu et fragile qui est traîné par deux hommes. Les paysages, les rites, les sons, les odeurs que Universes nous communique sont des miettes de mondes éparpillés que l’artiste veut rassembler. Les universes de Dadoune sont des traces le long d’un sentier de solitude que le spectateur suit vers un point de fuite. Mais le chemin vers la compréhension de soi passe par une porte étroite et la force du film se trouve dans la souffrance procurée par la recherche de sa propre identité.

Irina Zucca Alessandrelli, Milan